Témoignages personnels
ayant fait l'objet d'une publication imprimée ou numérique

Vous trouverez ci-après les témoignages de personnes impliquées dans la guerre, mais qui n'ont pas été mobilisées en raison de leur sexe, de leur âge ou de leur état de santé.
Il était difficile de se déterminer pour un mode de classement, fatalement imprécis et nécessairement arbitraire. Nous avons décidé d'opérer un classement selon l'état-civil des auteurs concernés : le sexe, l'âge, la situation militaire pour les hommes, la situation familiale, sont autant de facteurs qui déterminent la façon dont chacun des auteurs a vécu et ressenti les évènements de la guerre. Conscients du côté artificiel et quelque peu réducteur de cette présentation (qui ne prend pas en compte notamment des facteurs aussi importants que le milieu socio-culturel ou l'aire géographique), nous nous sommes cependant efforcés de rédiger une fiche d'identitié aussi précise que possible, afin que vous puissiez si besoin établir votre propre classement.

Hommes n'ayant pas été mobilisés

Ces choses-là ne s'oublient pas..., Gustave Beaufort
Corps 9 éditions, 1988

L'auteur a 66 ans à la déclaration de guerre. Ouvrier ayant le goût de l'action publique, il est conseiller municipal, et à ce titre fait office pendant toute la durée de la guerre de surveillant des travaux pour la ville de Senlis. Son journal couvre la période du 1er août 1914 au 4 mars 1919 sans aucune lacune. "J'ai noté tout ce que j'ai vu et tout ce que j'ai fait, écrit-il. Je ne prétends pas avoir tout vu, mais n'ayant pas quitté Senlis j'ai vu bien des choses." Ces choses, il les relate avec la sensibilité, la droiture et le courage qui étaient les traits dominants de son caractère.

La pluie de sang, Léon Daudet
Bernard Grasset, 1932
Né en 1867, l'auteur est écrivain et journaliste. Il fonde en 1908 avec Charles Maurras
L'Action française, qui est à la déclaration de guerre le principal organe de l'extrême-droite en France. Antisémite, royaliste, antidémocrate, ultrapatriote, Léon Daudet se montre un polémiste de première force, aussi brillant que dénué de scrupules. Sa campagne de presse acharnée contribue à la chute du ministère Ribot, à la condamnation de Caillaux et Malvy, et à l'arrivée au pouvoir de Clemenceau.

Ses souvenirs sont presque exclusivement consacrés à relater son rôle dans cette lutte. Ils se lisent avec intérêt, d'autant que Daudet a un art inné de la formule. Mais ils sont à prendre avec une grande circonspection, non seulement à cause des visées partisanes de l'auteur, mais aussi pour son penchant à la mégalomanie. A le prendre au pied de la lettre, c'est grâce à son action politique que les Alliés auraient finalement gagné la guerre.

Clichy pendant la guerre, Alphonse Désormeaux
Imprimerie Paul Dupont, 1920
Alphonse Désormeaux a 50 ans lorsque la guerre éclate. Conseiller municipal de la ville de Clichy, administrateur de la caisse des écoles, il ne précise pas sa profession, hormis qu’il est rédacteur en chef du
Petit Journal Agricole. Le 5 août 1914, il est en outre nommé président de la Commission cantonale de secours aux familles des mobilisés. Clichy pendant la guerre est la publication du journal qu’il a tenu quotidiennement, sans aucune lacune, du 31 juillet 1914 au 21 janvier 1919. A partir de cette date, ses notes deviennent mensuelles pour s’interrompre au mois d’août 1919.

Très impliqué dans la vie communale, et donc bien informé, Désormeaux brosse non seulement un tableau minutieux de la vie à Clichy (banlieue industrielle limitrophe de Paris) mais également de l’action de l’équipe municipale. A cet égard, son récit, dans lequel il a consigné les débats et décisions des conseils municipaux ainsi que la plupart des documents produits par l’administration, est riche en informations de première main. Bon observateur, esprit juste et mesuré quoique un peu terne, Désormeaux nous invite à découvrir comment la société civile s'organise au jour le jour pour « tenir » l’arrière du front.

Journal (extraits), David Hirsch
Journaux de combattants & civils du Nord... - PU du Septentrion, 1998

Commerçant à Roubaix, de confession juive, l'auteur est dit âgé par l'éditeur, sans qu'il nous précise son âge. Quotidiennement, du 1er août 1914 au 31 août 1918, date à laquelle il est évacué vers la France libre, il a noté sur son livre de comptes les évènements extérieurs. Concises au début, ses notes se font de plus en plus détaillées à mesure que ses activités commerciales périclitent. (p.223-301)

Mémoires d'un condamné à mort, Jaime Mir
Plon, 1926

Homme d'affaires espagnol installé depuis de longues années en Belgique, Jaime Mir profite des facilités que lui confère sa nationalité pour effectuer dès les premières semaines de guerre des missions de transferts de fonds et de correspondances pour progressivement se lancer dans le renseignement, allant jusqu'à l'espionnage militaire. Finalement arrêté, il est condamné à mort en mars 1917, mais sa peine est commuée en détention à perpétuité. La victoire alliée le délivrera en décembre 1918.

Il est difficile aujourd'hui de juger de la véracité de ce témoignage, même si nombre d'éléments paraissent crédibles. Le plus intéressant est peut être la façon dont on peut observer sur la durée la lutte entre le renseignement allié et le contre-espionnage allemand qui, complètement débordé dans les premiers mois de la guerre, parvient peu à peu à organiser un service d'une redoutable efficacité.

Femmes  

Tableau des évènements particuliers et journaliers,
Maria Degrutère

Journaux de combattants & civils du Nord... - PU du Septentrion, 1998

La rédactrice habitait La Madeleine, un faubourg de Lille. Elle était institutrice dans une école catholique. On ignore son âge, mais il semble qu'elle ne devait pas être très âgée, dans la mesure où elle évoque une visite de ses grands-parents. Son journal débute le 24 août 1914 et s'achève le 19 janvier 1918, au moment de son évacuation vers la France. C'est un document très précieux sur les conditions d'existence à Lille pendant l'occupation allemande. (p.161-219)

Les saisons du vent, Marie Escholier
GARAE : Hésiode, 1986

Marie-Louise X est née à Mirepoix le 17 septembre 1876. En 1905, elle épouse l'écrivain Raymond Escholier, et s'installe à Paris. La guerre la surprend avec ses deux jeunes enfants alors qu'elle est en vacances dans son village natal. A la demande de son mari, elle entreprend la rédaction de ce journal qui va du 1er août 1914 au 12 mai 1915, s'efforçant avec application à lui donner une haute tenue littéraire, ce qui lui confère un ton souvent affecté. Mais Marie Escholier, lorsqu'elle se laisse aller, fait preuve d'un réel talent descriptif. Elle brosse ainsi un tableau pénétrant et sensible de la vie quotidienne dans un petit village rural de la France profonde, accablé sous le poids d'une guerre lointaine et pourtant omniprésente.

J'avais 22 ans..., Berthe Feuillard
La Grande Guerre magazine n°47 à 51, 2005-2007
Berthe Feuillard, une jeune femme qui habitait Esnes-en-Argonne (Meuse), a tenu un journal suivi tout au long de la guerre. Suite à l'avance des armées allemandes, son village, situé dans le périmètre de la région fortifiée de Verdun, se retrouve à quelques kilomètres de la ligne de front. En 1916, il sera quasiment rasé par les bombardements, et la population évacuée. Le témoignage de Berthe Feuillard, net et sans artifice, est particulièrement intéressant sur les rapports que pouvaient entretenir civils et militaires dans une zone exposée, juste en arrière des lignes.

Marie di Lola
Editions universitaires, 1982

Marie Baldini est née le 16 novembre 1894 à l'Ile-Rousse, en Corse. Modeste couturière, elle est cruellement affectée par la guerre, qui lui enlève son fiancé, tué sur le front, et une sœur qui lui était très proche, emportée par la grippe espagnole. Son témoignage oral, recueilli par sa petite-fille Michèle Castelli, restitue la dureté d'une époque où la douleur n'était pas seulement l'apanage des soldats martyrisés par les combats.


L'écrivain de Lubine, Clémence Martin-Froment
Edhisto, 2010
Née le 21 juin 1885, d'origine modeste et mariée à un garde-champêtre, Clémence Martin-Froment vit à Lubine, dans les Vosges. Dès le début de la guerre, elle entreprend de consigner dans un journal sa vie quotidienne dans un village bientôt occupé par l'armée allemande. En 1917, elle confie ses notes aux occupants, qui publient les passages qui leur sont favorables dans la revue de propagande La Gazette des Ardennes. C'est ce qui motive qu'à la fin de la guerre, elle est accusée d'intelligence avec l'ennemi et traduite en 1920 devant une cour d'assises, dont le jury finalement l'acquittera.

 

Source précieuse sur les relations entre ocupants et occupés, son journal illustre bien la complexité des sentiments éprouvés. Si Clémence Martin-Froment reste patriote, dénonce les souffrances dues à l'oppression, elle reconnaît également l'humanité des occupants et n'hésite pas à témoigner sa reconnaissance voire sa sympathie à l'égard de certains.
Redécouverts aux archives départementales des Vosges, ses cahiers sont publiés dans leur intégralité dans cette édition qui permet d'appréhender les questions peu connues de la collaboration et de l'épuration pendant la Grande Guerre.
(Voir l'article de Philippe Nivet dans Les Chemins de la Mémoire, n°210, novembre 2010)

Si je reviens comme je l'espère, Marthe Papillon
Grasset, 2003 (réédition poche : Tempus, 2005)
Issue d'une modeste famille de cultivateurs de Vézelay, Marthe Papillon est au début de la guerre employée de maison au service d'une famille aisée de commerçants parisiens. En 1917, suite à son mariage, elle prend un emploi de vendeuse dans un grand magasin. L'ouvrage présente sa correspondance avec ses parents et surtout trois de ses frères mobilisés. Il nous renseigne sur les conditions de vie à Paris pendant la guerre, et surtout témoigne des relations que pouvaient entretenir le front et l'arrière. Aimante et dévouée, la jeune femme se dépense sans compter pour essayer de soulager et réconforter ses frères sur le front, ainsi que ses parents demeurés au pays.

Ceux qui ne sont pas revenus..., journal anonyme
E.C.R. Musée Alice Taverne, 1993

Ce journal a été tenu par une femme d'une cinquantaine d'année (mariée en 1882) appartenant au milieu de la bourgeoisie roannaise. Il couvre toute la durée de la guerre, avec de longues périodes de silence : l'essentiel est daté de 1914-1915 et 1919. C'est un document bouleversant sur la douleur des familles, et la difficulté à affronter la mort et le deuil des êtres chers. L'auteur apprend en effet la mort de deux de ses enfants, et la grave blessure d'un troisième qui demeurera mutilé.

Enfants (nés après 1900)

 

La guerre des crayons, collectif
Parigramme, 2004

Cet ouvrage rassemble une série de dessins réalisés tout au long de la guerre par les élèves des écoles des rues Sainte-Isaure et Lepic, dans le quartier Montmartre à Paris. Même si ces oeuvres réalisées dans un strict cadre scolaire n'ont rien de spontané, elles offrent un aperçu unique sur la façon dont des garçons entre 6 et 13 ans pouvaient se représenter la guerre.

Nous les gosses dans la guerre en Picardie, Paul Boujonnier
Editions JPB, 1989

Né dans la Somme en 1905 à Guerbigny, près de Montdidier, l'auteur assiste à l'arrivée des Allemands en 1914. Après la bataille de la Marne, la famille doit évacuer sur Esclainvillers, puis Bouillancourt. Elle y passe la plus grande partie de la guerre. En 1918, elle doit encore évacuer suite à l'offensive allemande. Le récit de Paul Boujonnier a la fraîcheur des récits d'enfance : il nous fait revivre les émois et les tribulations d'une famille de petits agriculteurs résidant à quelques kilomètres de la ligne de feu.

 

Correspondance 1913-1938, Françoise Dolto
Hatier, 1991

Née le 6 novembre 1908, Françoise Marette a à peine 6 ans lorsque la guerre éclate. Les cent premières pages de sa correspondance reprennent les courriers qu'elle rédigea alors aux membres de sa famille. Si les récits rétrospectifs de jeunes témoins de la guerre ne sont pas exceptionnels, les témoignages rédigés "sur le vif" sont beaucoup plus rares. C'est - au-delà de la personnalité même de l'auteur, qui deviendra une célèbre pédopsychiatre -

l'un des principaux intérêts de ces textes, qui révèlent quel pouvait être l'état d'esprit et les réactions d'un jeune enfant de milieu intellectuel et bourgeois pendant la guerre. Ses lettres ont été complétées par quelques courriers qui lui furent adressés, notamment par son oncle Pierre Demmler, capitaine au 62e BCP, tué en juillet 1916.

Le long chemin, Renée Kerdudou-Fouquier
Editions Vague Verte, 1994

L'auteur est née en 1905 à Saint-Quentin. Bien qu'elle ait adopté une forme romanesque, son récit est rigoureusement autobiographique : c'est un tableau vivant et plein d'intérêt d'une ville occupée par l'armée allemande, vu à travers les yeux d'une petite fille. Elle raconte par exemple comment son père, mobilisé, parvint à cacher sa présence à l'administration allemande jusqu'à l'évacuation de la famille, en 1917. Il est seulement dommage qu'elle ait adopté la forme du roman : sa narration, souvent gauche et affectée, y eut gagné en spontanéité.

 


Le grand break, René Lucot

Corps 9 éditions, 1985

L'auteur est né en 1908 à Villers-Cotterêts, où son père est cocher au service d'une richissime famille d'industriels du chocolat, les Menier. C'est là qu'il découvre la guerre, sans d'ailleurs la comprendre, alors qu'il vit au milieu des soldats et des états-majors, installés dans la propriété. Ces souvenirs, d'une forme très maîtrisée, ont été rédigés sur le tard, à partir d'une première version écrite entre 1930 et 1932. "L'ensemble, quoique vrai, comportait peu de scènes véritables, et trop de généralités sans assises charnelles". René Lucot les a donc récrits, non par coquetterie littéraire, mais au contraire pour renforcer la véracité et la spontanéité de son témoignage.

 


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