Régiments d'infanterie nos 291 à 305

 

La Roche-sur-Yon (151e DI)

La guerre 1914-1918, tragédie-bouffe, René Arnaud
France-Empire, 1964

Normalien, né en juillet 1893, René Arnaud intègre cette unité en juin 1916, suite à la fusion des deux régiments de la 302e brigade, les 293e et 337e RI, après de meurtriers combats à Verdun. Il est relevé de ce secteur le 11 juillet. Le 16 avril 1917, lors de l'offensive du Chemin des Dames, il est en réserve à Reims. En décembre 1917, le 293e est dissous, et la compagnie de l'auteur incorporée à un régiment non précisé. Il combat alors en Belgique, puis, après l'offensive allemande du 27 mai 1918, vers Villers-Cotterêts. Début juillet, il est nommé officier-informateur auprès des Américains à l'arrière.

Rédigé en 1964, ce récit propose une série d'anecdotes amusantes ou dramatiques entremêlées, qui donnent un autre regard sur la guerre. Un long et fort passage du livre (94 pages) porte sur le front de Verdun. A la fin, 74 pages d'Appendices retracent les grandes lignes de la guerre 14-18.

Bar le Duc (66e puis 166e DI)

Les carnets de l'aspirant Laby
Bayard, 2001
Né le 1er juillet 1892, issu (semble-t-il) de la petite bourgeoisie provinciale, Lucien Laby est en 1914 élève à l'Ecole du Service de santé militaire de Lyon. Affecté au GBD 56 le 5 août, il se porte volontaire pour le front, et est affecté comme médecin du 6e bataillon du 294e RI le 26 juillet suivant, alors en Artois. A la mi-septembre, il est en Champagne (Suippes). Du 15 au 25 mai 1916, il est à Verdun, puis dans le secteur de Reims (fort de la Pompelle) du 24 juin au 6 septembre. Le 28 septembre, il gagne le front de la Somme.

 

Evacué pour maladie le 2 novembre, il rejoint son unité en janvier 1917 dans le secteur de Dormans. A la mi-mars, il est dans l'Aisne (Chemin des Dames) ; début juillet, dans les Vosges. Il quitte l'unité le 5 novembre pour l'autochir n°15.
Les carnets de Lucien Laby ont été rédigés tout au long de la guerre et quasiment en temps réel avec une spontanéité qui les rend d'un grand intérêt. Ultrapatriote, belliqueux, un rien tête brûlée (il n'hésite pas à tomber le brassard à l'occasion pour faire le coup de feu contre les Allemands), d'un courage à toute épreuve (il est cinq fois cité), il note les évènements à la diable, tels qu'ils se présentent et comme il les éprouve. Son activité de médecin le mobilise beaucoup moins (il en parle très peu) que sa participation sur le terrain aux combats, comme "brancardier de première classe, métier qui consiste à savoir ramper sous les balles et à coller des pansements sales dans l'obscurité avec des doigts pleins de boue" ainsi qu'il le dit lui-même. A ce titre, son témoignage sur les conditions d'exercice des postes de secours en première ligne a peu d'équivalent dans la littérature combattante.
Lucien Laby était en outre un illustrateur de talent, dont les dessins furent publiés semble-t-il régulièrement dans la presse nationale tout au long de la guerre.

Bourges (58e DI)

Mémoires du sapeur-mineur Eugène Moreau
La Grande Guerre Magazine 64 à 66, 2011
Eugène Moreau est né le 22 juin 1874, vraisemblablement en Bourgogne, où il est marbrier. A la mobilisation, il est appelé au 63e territorial et affecté à la garde des mines de Montceau. Il part pour le front le 4 novembre avec le 295e RI dans le secteur de l'Artois. Le 5 décembre il passe à la Compagnie 8/13 du 4e Génie, mais demeure détaché auprès du régiment qu'il quitte définitivement le 20 janvier 1915.

Le court témoignage du sapeur Moreau débute en novembre 1914. Riche et détaillé, c'est un témoignage décousu où se mêlent récit, digressions, incises, retours en arrière que son style fruste et sa ponctuation relâchée rendent parfois difficile à suivre. Il a été d'évidence rédigé très peu de temps après les faits. Eugène Moreau y apparaît comme un véritable "bourreau du travail guerrier". Violemment patriote, il se montre inflexible pour lui-même comme pour les autres, faisant preuve d'un courage, d'une abnégation, d'une dureté au mal quasi animaux. Très sensible à l'estime de soi même et des autres, il place le souci du devoir au-dessus de tout. C'est un témoignage à "ras de soi", rude et franc, presque brutal, qui brosse un tableau sans la moindre concession de la première année de guerre, et qui ne manquera pas de troubler les esprits contemporains : il fut des soldats qui acceptèrent leur sort de bestiau humain sans jamais gémir ni broncher.

Béziers (66e puis 169e DI)

Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918
F. Maspero, 1978 (réédition La Découverte poche, 2003)
Né le 14/07/1879 dans un petit village de l'Aude où il est tonnelier, marié et père de famille, Louis Barthas est mobilisé en août 1914 au 280e RI. En décembre 1915, le régiment est dissous et il intègre avec tout son bataillon le 296e RI. Il participe aux combats en Artois, puis, début mai 1916, est à la cote 304 à Verdun. En juin, il est en Champagne avant de combattre en octobre dans la Somme. A partir du début de 1917, il occupe un secteur calme en Argonne jusqu'au 16 novembre où le régiment est à son tour dissous. Il est versé alors au 248e RI.

Les carnets de Louis Barthas sont considérés, à juste titre, comme un des témoignages majeurs de la littérature combattante. Rédigés tout au long du conflit, mis au net peu de temps après mais publiés tardivement, ils ont contribué au renouvellement de l'historiographie de la Grande Guerre. Ce premier véritable témoignage d'un soldat du rang, qui plus est d'un ardent militant socialiste, farouche antimilitariste et pacifiste convaincu, a remis en cause nombre d'idées convenues sur l'expérience des combattants et leur état d'esprit. Loin de disqualifier son propos, le parti-pris idéologique de Barthas apporte un éclairage inédit : s'il est intransigeant et parfois injuste, c'est avant tout un homme probe et de devoir, qui se veut et se réclame un citoyen libre. Narrateur au talent inné, révélant une solide culture (bien que doté de son seul certificat d'études), il a laissé un des récits les plus marquants que la guerre a suscités.

Roanne, Lyon (63e DI)

Lectures pour une ombre, Jean Giraudoux
Emile-Paul, 1917 (Réédition 1929)
Ce livre retrace la campagne de l'auteur, du 15 août au 10 septembre 1914. Comme à tous les écrivains de métier, Cru reproche à Giraudoux de faire de la littérature. C'est une vue par trop restrictive : il ne faut pas prendre le dandysme de l'auteur pour de la frivolité, ni confondre le sentiment d'absurdité et de farce tragique que lui inspire la guerre avec un quelconque mépris pour ceux qui la font. Si l'esthétique précieuse et volontiers mondaine du dramaturge semble mal s'accorder avec les sujets dramatiques qu'il aborde, elle s'allie à une réelle profondeur. C'est ainsi que La guerre de Troie n'aura pas lieu reste l'une des plus belles protestations que la guerre ait inspirées. (Témoins, 154-155)

 

Laval (54e DI)

Le miracle du feu, Marcel Berger
Calmann-Lévy, 1916
Mobilisé le 4 août 1914, l'auteur fut évacué du front dès le 25, et n'y retourna pas. Si ce livre offre quelque intérêt pour la période où Marcel Berger fut à la fois acteur et témoin, il devient parfaitement fantaisiste par la suite, et sans valeur documentaire. (Témoins, p.570-572)


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Mise à jour :
février 2012